Discours Rassemblement 17 mai 2017

17 MAI JOURNEE INTERNATIONALE CONTRE L’HOMOPHOBIE ET LA TRANSPHOBIE

Merci à vous toutes et tous d’avoir répondu, 5 ans après, à notre nouvel appel du 17 mai en Aveyron. Merci à toutes nos associations partenaires d’être avec nous aujourd’hui. Merci aux Sœurs de la Perpétuelle Indulgence qui ont accepté notre invitation et merci à tous les bénévoles d’ALERTES qui, tout au long de l’année, animent et font vivre nos actions depuis 5 ans déjà. Céline et Amanda reviendront sur ces 5 dernières années mais je voudrais d’abord vous dire pourquoi ce 17 mai est pour nous tous une date symbolique très forte.

Le 17 mai 1990, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) décidait de ne plus considérer l’homosexualité comme un « trouble du comportement ». Lancée en 2005 en souvenir de cette journée, le 17 mai est aujourd’hui célébrée dans plus de 120 pays à travers le monde. Bien que la transidentité figure encore dans la liste de l’OMS, ce n’est heureusement plus le cas en France depuis 2013, le 17 mai est désormais la Journée Internationale contre l’homophobie ET la transphobie.

En Aveyron, Il y a 5 ans, sur cette même place, devant l’hôtel de ville où désormais se célèbrent des cérémonies de mariage entre personnes de même sexe et où, depuis peu, les personnes Transgenres peuvent modifier leur prénom d’usage sur les registres d’état-civil, nous étions nombreux à répondre à l’appel pionnier de notre ami Nicolas Querbes pour que l’Aveyron, enfin, participe à cette journée internationale. Nicolas ne peut malheureusement pas être avec nous aujourd’hui mais, grâce à lui, et à celles et ceux qui l’ont très vite rejoint, ce fut le 1er moment de visibilité LGBT et friendly dans l’Aveyron, ici à Rodez. De ce 1er rassemblement public est née ALERTES, il y a 5 ans. Cette journée internationale est donc pour nous une journée doublement anniversaire.

 

Une solidarité internationale

Je voudrais commencer par insister sur cette solidarité internationale à laquelle ALERTES, avec ses partenaires locaux, participe pleinement. Bien sûr, il faut rappeler que 74 pays pénalisent les personnes LGBT par de la prison, par de la torture, par des travaux forcés et, pour 13 pays d’entre eux, par la peine de mort. Le 8 mai dernier, nous étions aux cotés des associations de déportés pour participer pour la 1ere fois aux cérémonies rendant hommage à toutes les victimes de la Déportation, portant respectueusement et solidairement le témoignage de l’Histoire afin que jamais, cela ne se reproduise. Et pourtant, aujourd’hui, en 2017, en Tchétchénie, des camps d’internement ont été réouverts sans que la communauté internationale ne s’en émeuve outre-mesure. Sous le prétexte que l’homosexualité n’existerait pas en Tchétchénie, comprenez ne DOIT PAS exister, des êtres humains sont donc arrêtés, enfermés et promis à l’éradication.

A l’appel d’ALERTES, nous avons manifesté lors de l’attentat d’Orlando aux Etats-Unis, ici même à Rodez. L’an dernier, nous avons invité une militante LGBT de Tunisie que nous avons fait recevoir par deux députés de l’Aveyron. Nous avons partagé la très vive inquiétude de nos amis LGBT américains après l’élection de Donald Trump et restons solidaires de nos amis russes si mal traités par Vladimir Poutine. Au Brésil, nous partageons la colère et la consternation face à chaque meurtre de personnes transgenres. En cette journée internationale, nous continuons donc d’appeler à signer des pétitions ou à manifester notre solidarité envers les victimes d’homophobie et de transphobie dans le monde.

Nous le faisons parfois avec un sentiment d’impuissance qui nous interroge ou même nous désespère, mais parfois aussi avec la grande joie d’apprendre qu’un nouveau pays vient de voter des lois pour dépénaliser l’homosexualité, pour reconnaître le Mariage pour Tous, ils sont aujourd’hui 22 pays qui regroupent 990 millions d’habitants, pour légaliser pleinement l’homoparentalité par l’adoption et la PMA pour les femmes, et pout instaurer le changement d’état civil libre et gratuit pour les personnes Transgenres.

Tout en soutenant, comme nous le pouvons, les actions internationales dans chaque pays, nous continuons aussi à militer en faveur de la reconnaissance du droit d’asile pour les personnes discriminées dans leur pays en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Que la France se déclare « prête à examiner les demandes de visa à caractère humanitaire » de personnes homosexuelles victimes de persécutions en Tchétchénie est un 1er pas. Il reste insuffisant et ALERTES porte la revendication plus générale du droit d’asile devant chaque candidat et chaque candidate aux élections législatives en Aveyron. Sur cette question, mais aussi sur l’ensemble de notre plate-forme de revendications LGBTI, nous attendons leur réponse, nous vous demandons de les interroger, mais nous saurons aussi exiger des actes aux députés qui seront élus.

 

En France, le bilan contrasté de notre lobbying

Nous revendiquons pleinement et assumons fièrement cette action républicaine de lobbying. En ce sens, nous ne ménagerons aucun effort pour convaincre nos élus, mais nous ne serons plus jamais dupes d’aucune promesse. Depuis 5 ans, en ce qui concerne les discriminations d’Etat, il y a eu des avancées considérables : Le Mariage pour Tous et la reconnaissance de l’adoption, des avancées pour les personnes Transgenres dans leurs démarches administratives pour changer d’état-civil, au détour d’un amendement, soit dit en passant ! Pourtant, comment se satisfaire de ces avancées tant que la PMA ou le changement d’Etat civil libre et gratuit pour les personnes Transgenres ne seront pas légalisés, et que des politiques ambitieuses ne porteront pas la lutte contre l’homophobie et la transphobie dans tous les domaines de notre société, et en tout 1er lieu, à l’école ?

Car si le combat contre les discriminations d’Etat est nécessaire, il ne sera jamais suffisant pour éradiquer l’homophobie et la transphobie « ordinaires ». Le dernier Rapport SOS Homophobie est en ce sens très éclairant car il montre, pour 2016, un nouveau rebond de l’homophobie et de la transphobie en France : prés de 20% de témoignages en plus, 76% de témoignages en plus pour la transphobie ! 1 agression tous les 3 jours en France ! La nouvelle région occitane fait remonter 101 témoignages, la majorité se recentrant sur l’Hérault (Montpellier) et la Haute-Garonne (Toulouse). L’Aveyron n’est bien sûr pas épargné même s’il y aurait moins de 5 témoignages mais chacun sait que ces témoignages ne peuvent que produire des chiffres très en deçà de la réalité.

A la lumière de ces chiffres et de ces constats, permettez-moi alors de poser, de nous poser cette autre question : depuis ces 5 ans, depuis ce 1er rassemblement à Rodez, qu’avons-nous appris ? qu’avons-nous compris ?

 

« Nous avons compris »

Nous avons d’abord compris qu’aucune avancée n’était acquise pour toujours. Deux candidats majeurs dans la dernière élection présidentielle promettaient en effet un retour en arrière sur les avancées essentielles que sont l’adoption et le Mariage pour Tous. Ce sont d’ailleurs les mêmes, Marine Le Pen et François Fillon, qui ne dirent mot sur les camps en Tchétchénie ! Nos opposants se sont même organisés en force politique et présentent aujourd’hui des candidats aux législatives. Face à ce risque de régression, qui concernait aussi le droit à l’IVG, notamment, nous avons choisi de prendre nos responsabilités en tant qu’association LGBT, prenant clairement position lors du second tour de l’élection, au-delà des convictions personnelles de chacune et de chacun d’entre nous et malgré les différences de formulation choisies par d’autres associations LGBT.

Nous avons aussi compris qu’à chaque fois que nous ferons reculer l’homophobie ou la transphobie d’Etat, nous réveillerons, au moins pour un temps, l’homophobie et la transphobie ordinaire, ces peurs latentes si promptes à se réveiller. Encore récemment, la conférence des évêques de France, pourtant muette face aux valeurs d’exclusion et de rejet de l’Autre prônées par l’extrême-droite lors des présidentielles a rompu son silence dès le lendemain du second tour de l’élection pour s’ériger de nouveau contre la PMA ! Le nouveau président de la République est face à ses responsabilités : s’il est vraiment en faveur de la PMA, comme il l’a déclaré et écrit publiquement, il faudra d’abord qu’il s’explique avec un 1er ministre dont la dernière prise de position est défavorable à la PMA ! Quant à l’avis du CCNE derrière lequel il semble se retrancher, il n’empêchera en rien que la rue réunisse de nouveau celles et ceux qui de par leur ignorance de la réalité des familles homoparentales, se sentiraient « humiliées », j’utilise ce mot à dessein, par la réouverture pourtant indispensable de ce débat et l’adoption de la PMA. Nous le savons désormais, le prix à payer à chaque avancée de nos droits sera donc à chaque fois le risque d’une nouvelle flambée d’homophobie face à laquelle nous devrons restés unis et solidaires, mais cela n’affaiblira en rien notre détermination à convaincre pour conquérir ces droits !

Plus durablement encore, nous avons compris que beaucoup ne conçoivent encore notre différence que comme une pratique sexuelle qui ne devrait jamais sortir de nos chambres à coucher. Parce que certains d’entre nous veulent se marier ou fonder une famille avec des enfants qui iront à l’école, parce que certains d’entre nous souhaitent se tenir la main publiquement ou même, horreur, s’embrasser dans la rue, parce que des affiches de prévention de santé montrent des couples de même sexe à l’approche des écoles, parce qu’un film de Disney met en scène un personnage gay, que sais-je encore… nous serions des violeurs de conscience, et parfois même des violeurs tout courts ! Les incitations à la haine sont encore plus dégueulasses, pardon pour le mot mais comment le dire autrement ? Le meurtre du policier Xavier Jugelé sur les Champs Elysées a donc inspiré ce tweet aussi ignoble que haineux : « Bonne nouvelle, le flic assassiné hier était en fait une grosse ‘jacquette’ militant pour les droits LGBT [sic] ». Et d’espérer que « Marine » puisse « gagner les élections grâce au sacrifice d’un payday ». Des poursuites judiciaires dont nous ne connaissons toujours pas les suites ont été engagées contre l’auteur de ce tweet immonde, exemple parmi tant d’autres de la libération durable de la parole homophobe sur les réseaux sociaux. Le Rapport de SOS Homophobie 2017 fourmille, hélas, d’exemples du même acabit tant pour l’homophobie, que la lesbophobie, la biphobie et la transphobie.

Pour toutes ces raisons, nous avons compris, pour qui en doutait encore, que la route serait encore longue, et que le combat en faveur de l’Egalité des droits était absolument indissociable des actions d’éducation et de prévention afin de combattre l’ignorance et la peur. Voilà pourquoi, alors que nous questionnons nos futurs députés sur l’Egalité des droits, nous présentons aussi une exposition à la MJC de Rodez sur la façon dont est perçue l’homosexualité à la campagne, dans le sport et dans les quartiers, trois domaines parmi tant d’autres. A la campagne où l’isolement accable encore plus durement les populations minoritaires attirées par les soirées et l’anonymat des grandes villes, dans le sport où le sexisme et la surenchère dans le culte de la virilité se rejoignent pour inspirer des discours homophobes banalisés ; l’arbitre qui prend une mauvaise décision -ou l’adversaire- est évidemment un « enculé » et, pour gagner, il n’y a encore trop souvent qu’une seule chose à prouver : qu’on n’est des hommes, des vrais et pas des « PEDES » ! Dans les quartiers, enfin, où la pression culturelle et les traditions religieuses provoquent violences et rejet.

 

POUR UNE CONCLUSION OPTIMISTE !

Fort heureusement, comme le montre aussi cette exposition, le tableau n’est pas si noir et nombreux sont les témoignages de compréhension, de soutien, de coming-out parfois, je parle ici du sport, et même d‘engagement. Nous parlions de la conférence des évêques de France face à la PMA, contre la PMA, mais la majorité des français qui se reconnaissent catholiques approuvent la Loi sur le Mariage pour Tous et SONT favorables à la PMA. Nous toutes et tous, à ALERTES, faisons donc le pari optimiste de l’avenir. Celui de la prévention, celui de l’éducation, celui du dialogue, celui de la solidarité, celui de l’Egalité et du Respect pour Toutes et pour Tous !

Notre beau département de l’Aveyron n’est pas plus homophobe ou transphobe qu’un autre. Avec vous toutes et avec vous tous, ALERTES y veillera mais ALERTES continuera aussi à encourager témoins et victimes à venir à notre rencontre : c’est notre mission de les accueillir, de les écouter et de les aider.

Pour terminer, engageons-nous autour de cette promesse, celle de ne pas attendre de nouveau 5 ans pour se rassembler un 17 mai !

Que le 17 mai, comme point d’orgues de nos Semaines des Fiertés aveyronnaises mais surtout comme trait d’union international au-delà de notre département et de nos frontières, devienne un RDV régulier, comme une promesse de fidélité mais aussi une exigence de vigilance et de solidarité autour de la lutte contre TOUTES les discriminations.

Merci à vous, et pour finir comme dans un discours de campagne électorale, actualité oblige : VIVE la diversité, Vive Alertes Aveyron et Vive le 17 mai !